Pérégrinations sur le Camino del Norte

En octobre-novembre 2008, mes jambes ont foulé un des chemins de Saint-Jacques, la Via de la Plata, de Séville à Santiago. En août 2012, c'est reparti pour le Camino del Norte, un peu plus de 800 km de marche entre Irun et Santiago ! Au fil de 30 jours de progression, j'ai tenu avec plus ou moins d'assiduité mon fidèle carnet de route (moins sur la fin, la fatigue et le ras le bol des carreteras prenant le dessus...) et ai pu envoyer quelques photos sur ce blog. De retour au pays et prenant mon courage à deux mains, j'ai affûté ma plume pour retranscrire aussi fidèlement que possible mes impressions, doublées de réflexions sur le Camino. Ci-dessous, le récit de mes pérégrinations et des photos pour chaque étape ...

CAMINO DEL NORTE (TOUTES MES ETAPES)



10/08/2012

J12 - 10/09/12 : Boo de Pielagos - Santillana del Mar (30 km)

Journée encore difficile pour les pieds aujourd'hui où "Cantabria" rime, comme constaté depuis plusieurs jours, avec carretera !

Départ à nouveau sous la brume, passage du Rio de Mogro par le pont de la voie ferrée que nous empruntons avec grande prudence (le passage nous a été fortement déconseillé par l'hospitalero de Guemes) ce qui nous permet d'éviter un détour de plusieurs km par Arce. Matinée sous la brume, après-midi sous un soleil de plomb...

Santillana del Mar
Rien à retenir de cette marche forcée le long des routes et des tuyaux d'usine qui m'épuisent... Même plus envie de prendre des notes et d'écrire, mon moral est en berne...

Arrivée à Santillana del Mar vers 15h00, village super joli mais tellement touristique que j'ai envie de le fuir et pas uniquement pour ses trois mensonges :
  • Il n'y a pas de Saints (Santa)
  • Le village n'est pas plat (llana)
  • ... et il n'y a pas de mer (del mar).
Pas de place à l'Albergue publique qui est complète. Direction le Camping Santillana qui surplombe le village où nous prenons les deux derniers chalets. Pas de chance pour deux allemandes qui nous suivent de près mais qui doivent se rabattre sur un hôtel bien cher du village. Une fois encore se pose la question du sens du camino qui laisse des pèlerins au bord du chemin...

Bon à savoir :
  • Chalets disponibles dans le Camping Santillana, avec piscine, bar-restaurant...

09/08/2012

J11 - 09/08/12 : Guemes - Boo de Pielagos (25 km)

La brume recouvre ce matin les paysages et nous accompagnera une grande partie de la matinée sur le chemin entre Guemes et l'embarcadère de Somo qui assure la traversée vers Santander. Les falaises que nous devisons dans la brume sous les cris des goélands doivent être de toute beauté mais nous ne les découvrons que par bribes... Quelques km de sable fin sur une plage paradisiaque et de sentiers sillonnant dans les dunes... On avait presqu'oublié que cela puisse exister mais ici, sur la variante du Camino conseillée par le padre Ernesto, il n'y a pas de carreteras ! Une variante qui vaut vraiment le détour, n'en déplaise aux puristes pour qui le camino, c'est le "camino real", le seul, le vrai... même si au fil des siècles ce dernier a été englouti sous des tonnes de béton et de bitume.

Malheureusement, le bonheur ne sera que de courte durée car dès Santander nous retrouvons les revêtements d'enfer le long des nationales et des villages traversés... Heureusement, une brise apporte un vent de fraîcheur qui nous permettra d'accomplir cette étape sans grande difficulté jusqu'à Boo de Pielagos...

Bon à savoir :
  • Embarcadère de Somo : traversée vers Santander assurée toutes les 30 minutes. PAF : 2,50 €.
  • L'auberge privée de Boo de Pielagos, propre, 12 € (avec essuies et petit-déjeuner) peut accueillir 15 personnes. Machine à laver, possibilité de cuisiner. Possibilité d'y souper (8€) et d'y acheter des boissons. Tél : 942 58 61 15 (possibilité de réserver). 
  • Dans le village de Poo, un carniceria qui vend un peu de tout...




08/08/2012

J10 - 08/08/12 : Laredo - Guemes (27 km)

Liaison Laredo - Santona
La journée avait pourtant bien commencé. Après un petit-déjeuner éclair à Laredo, 5 km de marche en bord de mer sur une sorte de "promenade des anglais" pour rejoindre le port et prendre le premier bateau qui assure la liaison Laredo - Santona (9h00, 1.70 €). Mais la suite sera moins heureuse pour les pieds car mis à part le petit tronçon de sentier et de plage de Noja, ce ne seront une fois encore que carreteras, béton, bitume... durant plus de 20 km, sous un soleil de plomb. Les chaussures de David rendant l'âme, il s'en achète une nouvelle paire à Santona, la ville des meilleurs anchois du nord de l'Espagne... Mal lui en pris car de piètre qualité, trop rigide et non "cassée", cette solution s'avère pire que de continuer avec la paire démembrée. La solution viendra du Père Ernesto de l'Albergue de Guemes, notre destination du jour, qui connait un cordonnier dans le village. L'avenir nous dira si les chaussures auront raison de notre ami David...

Plage de Noja
David et moi arrivons vers 15h, sous un soleil de plomb, épuisé et assoifé, à l'Albergue "La Cabana del Abuelo Peuto" à Guemes. Comme tous les autres pèlerins suants qui arrivent au compte-gouttes, nous sommes accueillis par un verre d'eau fraîche providentiel ! Entre Loja et Guemes, peu de souvenirs positifs me reviennent tant, dans ces conditions caniculaires, toutes les forces sont concentrées sur la marche avec un unique objectif : arriver le plus rapidement possible à l'auberge. 

Le Père Ernesto nous accueille et nous tamponne la credentiale qui, de cachet en tampon, nous portera à Santiago. A condition de passer à travers les mailles de la selección... ;-)  Priorité : la douche qui m'apparaît plus divine encore que les autres jours ! La septantaine de pèlerins présents aujourd'hui (l'auberge de Guemes est un incontournable dont la réputation dépasse les frontières !) sont invités à une réunion d'une demi-heure avant le repas de 20h00 pour une présentation des différents "Camino" dans le monde (comme celui du Nil ou du Japon), de l'esprit de l'auberge et du combat que le Padre Ernesto poursuit depuis plusieurs dizaines d'années pour un monde plus juste.

Belle et sympathique tablée au gîte de Guemes !
Le paiement de sa contribution (donativo) est laissé à la responsabilité de chacun. En sachant que chaque euro donné sera entièrement consacré aux projets développés par le Padre et son impressionnante équipe de volontaires qui ne souhaitent recevoir aucune subvention, autonomie et liberté d'action obligent ! Les statistiques de fréquentation de l'auberge sont affichées à l'entrée. Preuve du succès du chemin et de la réputation des lieux, l'auberge a vu passer l'an dernier 5715 personnes de 54 nationalités différentes.

07/08/2012

J9 - 07/08/12 - Castro Urdiales - Laredo (27 km)

Encore une belle journée placée sous le signe de la mobilité douce, sauf pour la plante des pieds qui souffre, aujourd'hui encore, le long des carreteras et autres autopistas, avec parfois des variantes qui ont pour caractéristique commune qu'elles longent, toutes ou presque... des routes. Il s'agit aussi de bien lire les guides si on veut éviter de faire de grands (dé)tours.

Aujourd'hui, des pauses sympathiques viennent ponctuer notre marche comme la fête dans un village ou une pause de midi au bar du village de Liendo où des pèlerins terminent déjà leur route à l'Albergue du village.

Je pensais avoir évacué le sujet mais elle revient aujourd'hui encore, cette satanée "concurrence". A vrai dire, on ne peut pas parler de véritable concurrence entre pèlerins dans la mesure où il n'y a pas de cachotteries ou de messe-basse sur les intentions des uns et des autres et que les informatisations et bons plans des uns et des autres se partagent volontiers. Toutefois, force est de constater que ceux qui maîtrisent la langue espagnole, ont un bon topo-guide (il n'y a apparemment pas de bon topo-guide en anglais), ont un téléphone portable et une expérience précédente du chemin de Saint-Jacques... ceux-là, oui, ils sont avantagés.  Comment ? En ayant plus de facilité pour réserver leurs places - comme nous l'avons fait à plusieurs reprises - histoire de voyager l'esprit léger et ne pas devoir se préoccuper de trouver de logement en arrivant. Heureusement, rappelons que seuls les hébergements privés, plus onéreux, le permettent et pas les auberges publiques.

Laredo
Exemple aujourd'hui en arrivant à Laredo à l'Albergue de la Trinidad tenue par des nonnes. Tout est déjà complet et recevons nos places... réservées la veille. Les deux jeunes tchèques qui nous suivent de près doivent trouver logement ailleurs... car les auberges publiques et même "la maison de Dieu" n'acceptent plus les pèlerins moins chanceux, même lorsqu'ils sont prêts, comme nos deux amis tchèques, à dormir sur le sol.

Cela pose question sur le "sens du chemin" et la tradition d'accueil des pèlerins... dont les effets se cumulent à la "concurrence" du chemin... Pas faciles, vraiment pas faciles, ces questions... Le chemin de Saint-Jacques peut également se muer en chemin de croix pour le pèlerin...

06/08/2012

J8 - 06/08/12 : Portugalete - Castro-Urdiales (27 km)

Plage entre Pobena et Castro-Urdiales
Journée éprouvante et qui restera marquée comme l'une des plus désagréables... Sur près de 3/4 de l'étape, ce ne sont que carreteras, carreteras, carreteras... après avoir suivi une piste cyclable sur plusieurs km à la sortie de la ville... Seuls quelques km sont de toute beauté en bord de mer avec de belles plages entre Pobena et Castro-Urdiales... Arrêt et pause café après 13 km à Lobena. On change bientôt de province en arrivant à Ontón, et comme me le fait remarquer David, ici, les drapeaux espagnols réapparaissent...

Exit le Pays-Basque, bienvenue en Cantabrie !
Bienvenue en Cantabrie... et bonjour les carreteras !

A Ontón, deux possibilités :
  1. suivre la route principale "deux bandes" vers Castro-Urdiales (6 km)
  2. prendre une variante passant par Otañes (14 km). Un local nous informe que cette variante n'est pas plus agréable que la première vu qu'elle est également macadamisée, ce qui me sera confirmé plus tard par des pèlerins.
Le choix est donc vite fait, ce sera l'option 1. 

Hôpital de campagne...
Cette étape est l'occasion d'un constat. Le Camino del Norte est probablement d'un niveau de difficulté plus élevé que d'autres Camino de Santiago, et certainement que le Camino francès : dénivelés en moyenne plus importants, moins d'infos fiables et à jour sur les auberges, prix sensiblement plus élevé étant donné qu'il faut souvent se rabattre sur des logements privés, plus onéreux. Bref, c'est pas (toujours) le pied, si je puis dire, sur le Camino del Norte, notamment aussi vu la densité de carreteras par km parcouru !



05/08/2012

J7 - 05/08/12 : Bilbao - Portugalete (20 km)

Sortie matinale de Bilbao
Une semaine, 7 jours déjà que je marche et progressivement je me sens rentrer dans le rythme du chemin imprimé par la répétition, jour après jour, de moments simples : marcher, manger, dormir.

Départ 7h00, desayuno 7h30, redépart 8h00, arrivée 13h... Il est tôt ! C'est que l'étape est courte, une vingtaine de km seulement. La sortie de Bilbao qu'on m'avait dépeinte comme un calvaire ne m'a pas parue particulièrement éprouvante ou moche. Certes, les paysages industriels ne me font pas rêver mais pour rien au monde, je ne prendrai le métro qui mène au pied de l'auberge de Portugalete ! Ce qui n'est pas le cas de tous...

La météo ne s'est pas trompée cette fois-ci : PLUIE toute la matinée ! De nouvelles têtes apparaissent, comme ce un jeune couple de sympathiques irlandais : Tara et Bart.

A ne pas manquer : les pitxos du bar Viuda de Baldo à Sestao
En chemin, une heure avant Portugalete, avec Maria-José et Sergio, nous nous réfugions dans le bar Viuda de Baldo à Sestao où les pintxos nous font, l'un plus que l'autre, de l'oeil. Le Bacalao à la sauce "pil-pil" est un régal, je ne vous dit que cela ! Pas surprenant que les restaurateurs aient gagné plusieurs prix au concours des meilleurs pintxos, dont le 3er premio VI concurso de pintxos de Sestao !

Nous sympathisons avec Carlos, un habitué des lieux, et Monika, la jeune serveuse, et en apprenons un peu plus sur les coutumes et l'histoire locale. Savez-vous pourquoi le bacalao à la sauce pil-pil est-il si caractéristique dans la région ?

> Explications de Carlos (MP3, en espagnol) :




Portugalete
Portugalete a, je trouve, un charme tout particulier avec son pont suspendu (puente colgante), classé patrimoine mondial, et ici aussi, les pintxos du patrimoine basque sont plus originaux les uns que les autres. Je retrouve David devant l'auberge mais en bon 29ème sur la liste, il est "hors-jeu" pour obtenir un lit... Ce qui n'est pas le cas de quelques "tourigrinos" fringuants dans leurs vêtements qui sentent le propre et qui volent ainsi les places des peregrinos verdaderos ayant bouclé l'étape à la sueur de leur front. Citons par exemple, ce couple de français ayant pris -exceptionnellement- le métro pour se refaire une santé ou ce jeune couple d'israéliens accompagné d'un bébé et chargé d'une poussette et de moult affaires. Jésus n'a-t-il pas dit que les "derniers seront les premiers" (à moins que ce ne soit l'inverse), précepte qu'ils appliquent à la lettre, vérification est faite ici !

La file devant l'auberge de Portugalete...
Ces tourigrinos sans complexe se déplaçant au rythme des voitures ou des bus passent ainsi quelques jours de vacances à moindre frais. Les pèlerins ayant mouillé leur chemise n'ont qu'à aller se faire pendre ailleurs après une journée de dure marche... Et que dire aussi de ces "bicigrinos" travestis en peregrinos... pour éviter la règle tacite qui veut qu'un peregrino a priorité sur un bicigrino jusqu'à une certaine heure (18 ou 20h), un cycliste pouvant en effet facilement faire dix ou quinze km de plus en quelques tours de pédalier pour trouver une autre auberge, à l'inverse du piéton... Bref, finalement on retrouve une série de travers auxquels on espérait échapper ici sur ce chemin saint...

Que faire dans ce type de situation et peut-on les éviter, me direz-vous ? Dans tous les cas, il s'agit, selon moi, de ne pas occulter le problème et de manifester sa désapprobation à l'hospitalero qui accueille les pèlerins à l'auberge. Il a en effet la responsabilité de gérer ce type de situation voire de trouver des solutions, comme au moins accepter que les pèlerins excédentaires puissent coucher sur un matelas au sol et au sec. Mais force est de constater que dans plusieurs auberges ces personnes excédentaires sont refoulées... Dans le cas présent, finalement à force de persuasion, David pourra coucher par terre... Pas de chance pour lui, le matelas pneumatique fourni par la maison présente une fuite qu'il découvrira quelques heures plus tard. Une nuit d'enfer...

Portugalete
Mais les mauvaises surprises ont des limites et une fois de plus pour voyager serein, nous préférerons finalement réserver une pension pour le lendemain à Castro-Urdiales (Pension la Marina, chambre de quatre, 15€ / pers.). L'Albergue publique ne présente en effet que 18 places alors qu'on peut estimer à une quarantaine, le nombre de personnes qui cheminent quotidiennement... Alors, finalement, pour répondre à la question lancinante de la 'concurrence' que je me pose depuis une semaine, je me dis ceci : dans ce genre de situation, autant réserver à quelques-uns une chambre dans l'une des nombreuses pensions de la ville à un prix supérieur mais raisonnable et laisser les places de l'Albergue publique à ceux qui, soit veulent jouer le jeu de la concurrence, soit auront la chance de bénéficier d'une des places que nous aurions pu prendre en marchant vite. Cela n'élude pas le problème de base du manque d'hébergements publics qui se pose sur ce Camino mais cela permet à chacun de trouver un équilibre... La question reste ouverte...

04/08/2012

J6 - 04/08/12 : Gernika - Bilbao (35 km)

Le Txakoli, le déguster, c'est l'adopter !
Ce devait être une journée ensoleillée mais dès le matin le crachin et la bruine ont uni leurs efforts pour nous offrir une matinée arrosée. Je ne me souviens plus des paysages traversés, couverts de brume, trop absorbé que j'étais par les discussions avec David, mon compagnon y profesor del camino. "Que harías si no tuvieras miedo ?" (Que feras-tu si tu n'avais pas peur ?)  sera la seconde expression qu'il m'apprendra, chemin faisant. Elle sera propice à la  réflexion en chemin... mais m'apportera-t-elle les réponses appropriées, c'est une autre question...

L'étape de 35 km fera encore des éclopés : une cycliste espagnole s'en retourne chez elle, des problèmes aux rotules ayant eu raison de ses efforts soutenus. Et un des trois "légionnaires" français présente aussi des signes de faiblesse. Attention, la selección guette... Des légionnaires, des vrais ? Que nenni ! Rapidement sur ce chemin, les plus "typés" ont été affublés d'affectueux sobriquets qui sont autant de marques de sympathie et de complicité entre pèlerins. La legión, las hermanas, la sergente, super pilgrim... Et moi ? Wifi man. Je vous laisse deviner pourquoi... ;-)

La plupart des pèlerins engloutissent aujourd'hui une petite étape de 20 km jusqu'à Lezama mais un groupe auto-constitué d'italo-espagnols et del belga (c'est moi !) doubleront l'étape pour atteindre Bilbao.
Une vipère croisée peu avant Bilbao
J'abandonne David à Lezama, sûr de le retrouver plus loin... En chemin, je croise un couple de français, la trentaine, marchant d'Irun à Bilbao. Ne laissant aucune place à l'imprévu et à l'improvisation, ils ont réservé tous leurs hébergements sur booking.com ! Je ne manque pas de leur parler de l'expérience de la plupart des pèlerins et les invite, la prochaine fois, à laisser aussi le chemin venir à eux...

Et en parlant d'hébergement, justement, qu'en est-il en ce qui me / nous concerne depuis hier ? Car c'est bien beau de faire la morale aux autres, vais-je encore, moi aussi, succomber à l'appel de la sécurité du logement ? Pour Bilbao, la question a vite été résolue : l'albergue étant située en dehors de la ville, nous avons réservé à quelques-uns deux chambres dans une pension (Pension Ladero) située dans le 'Casco viejo', le vieux quartier de Bilbao (prix : 15 € / pers). Une manière d'être au cœur de la vie du pays basque et finalement aussi de couper court à la concurrence en libérant des places dans l'auberge publique...

Bon à savoir :

Pension Ladero, Loteria 1/4 à Bilbao. Chambre pour 4, propre et calme. 15 €/pers. Tél : 944.150.932



03/08/2012

J5 - 03/08/12 : Markina - Gernika (25 km)

Gernika
"Tiran más dos tetas que dos carretas". Voici la phrase du jour, pleine de réalisme, que m'apprend David. Ce pèlerin madrilène originaire de Salamanca avec qui je papoterai toute l'étape - et encore bien d'autres plus tard - deviendra en quelque sorte mon professeur particulier d'espagnol jusqu'à Santiago.

Le chemin est également un subtil équilibre pas toujours facile à trouver entre une marche solitaire propice à l'introspection et à la réflexion, histoire de "se retrouver", et une marche en groupe, socialement riche et propice aux échanges et aux rencontres.

Gernika
Pour l'heure, les bois de pins alternent avec des vergers et de très beaux villages. Trop absorbés par nos conversations, nous passerons parait-il sur un superbe pont dont je n'ai aucun souvenir. Les km défilent ainsi rapidement et en moins de six heures, l'étape est bouclée.

Chloé mais surtout Isabelle arrivent les pieds en lambeaux à l'auberge de jeunesse de Gernika. Les pronostics des médecins de l’hôpital sont formels pour Isabelle : fini le Camino ! Ses cloques se sont transformées en plaies ouvertes qui empêchent toute marche future pendant plusieurs jours au moins. C'est la dure loi du chemin, "la selección del Camino", comme nous l'évoquerons au fil des épreuves quotidiennes et qui deviendra vite un sujet de gentilles railleries entre nous. Dans ses formes la plus classiques, la sélection exerce ses effets sous forme de douleurs diverses aux pieds, d'ampoules ou de petites tendinites... Les plus chanceux s'en sortiront avec un peu de pommade, quelques sparadraps ou 'second skin'... Quant aux autres...

Hier, mes pensées étaient absorbées par les effets de la concurrence engendrée par le manque de logement sur le Camino. A l'ère du téléphone portable, les réservations vont bon train pour les hébergements privés (auberges privées, auberges de jeunesse, pensions, hôtels), les auberges publiques ne l'étant fort heureusement pas. Et aujourd'hui, je suis faillible et j'y succombe...

Bon à savoir :
  • Auberge de jeunesse de Gernika (logement + breakfast) : 17,50 € (< 25 ans) / 21,20 € (> 25 ans). 5 € en sus pour le souper.

02/08/2012

J4 - 02/08/12 : Deba - Markina (22 km)

"Pluie du matin n'arrête pas le pèlerin". L'expression est d'actualité car des conditions maussades accompagneront mes pas quasiment toute la journée. La pluie et la brume couvrent les paysages... Dans ces conditions, les paysages défilent sans même que je les visualise, la marche constituant alors l'unique objectif. Une marche solitaire, propice à l'introspection... Marcher, simplement marcher, marcher encore...

Auberge de Markina
L'auberge publique de Markina (donativo) ne possède que 28 lits et pas une place de plus ! Le 29ème et tous les autres n'auront qu'à aller voir ailleurs... Ces conditions sont, je trouve, particulièrement inéquitables pour les plus faibles, les éclopés et moins valides, les plus âgés... Il y a heureusement aussi des auberges privées mais celles-ci sont malheureusement plus onéreuses, de l'ordre de 15 € (voire 25 à 35 euros pour une pension ou un hôtel), un coût qui, à force de répétition, peut rapidement devenir prohibitif après un mois de marche, surtout pour les plus jeunes dont les bourses ne peuvent pas être déliées à l'infini... C'est ainsi qu'une certaine "concurrence" peut venir entacher l'esprit du chemin avec le principe du premier arrivé, premier servi... C'est d'ailleurs à la lecture d'un blog relatant ce type de comportement "humain" sur le Camino francès que j'avais décidé de ne pas faire ce chemin en 2008...

Markina
Qu'en sera-t-il au fil des jours sur le Camino del Norte ? L'avenir me le fera découvrir... Mais déjà, à l'heure du départ de l'étape, échaudés par les mauvaises expériences des premiers jours, les esprits commencent à être mobilisés sur ces questions : y aura-t-il de la place en arrivant à l'étape ? Et en arrivant à l'étape, ne vaudrait-il pas mieux réserver une place dans une auberge privée pour le lendemain, histoire de cheminer l'esprit léger ? La tentation est forte d'aller dans ce sens. Pour l'heure j'observe le phénomène et y résiste. Mais y résisterai-je longtemps ?...

01/08/2012

J3 - Me 01/08 : Zarautz - Deba (22 km)

Sortie de Getaria
Pour un troisième jour, voici donc une petite étape de 22 km qui devrait s'avérer facile pour nombre de pèlerins. Mais, au contraire, beaucoup d'entre-eux terminent l'étape en claudiquant...

La première partie vers Getaria longe la route et la côte. Après un premier petit-déjeuner pris à Zarautz, je me prends dans cette ville un second cafe con leche avec Ivana, Olga et Andoni. Aujourd'hui, le rythme est lent et les pèlerins avancent en petits groupes, propices à converser et aux rencontres...

Zumaia
Le village de Zumaia me parait superbe et donne envie d'y flâner mais l'appel du chemin prime... Cela grimpe sec après le village. Dans la montée, une fusée me dépasse : il s'agit de Vincent, un pèlerin hollandais, parti il y a deux mois d'Amsterdam. Bonjour, goedendag et il est déjà parti...

Vers 12h00, nous arrivons au sommet d'une colline aménagée en aire de repos et balayée par le vent du large. L'endroit est propice pour pique-niquer sous les mûriers. Je me joints à la tacle de Chloé et Isabelle, deux jeunes françaises d'une vingtaine d'années, bien courageuses à voir l'état de leurs pieds qui, après seulement quatre jours de marche, collectionnent les cloques.

Un peu plus loin, un choix s'impose, suivre les flèches jaunes du Camino ou le GR 121 qui longe la côte. Les topo-guides sont partagés quant à celui qui offre le moins de dénivelés mais, cette fois-ci, je ne me ferai pas prendre par le bitume :  les plus beaux sentiers et paysages ainsi que quelques particularités géologiques sont à découvrir sur le GR ! Mon choix est donc rapidement fait et les deux françaises qui me précèdent de quelques centaines de mètres ont fait de même.

Arrivée à Deba
Cette variante par le GR est à recommander moyennant une petite mise en garde : à deux carrefours, les marques se contredisent et il faut bien suivre les marques GR et les panneaux "Deba" (à ces deux endroits d'hésitation il faut à chaque fois prendre à droite pour retrouver les marques GR). Mais, moyennant cette mise en garde, le jeu en vaut la chandelle : malgré les nombreux dénivelés, les paysages côtiers sont splendides... et surtout je marche sur des sentiers (et non du macadam), ce qui deviendra vite, nous le verrons plus tard, une rareté sur le Camino del Norte. Alors, ne boudons pas notre plaisir et savourons ces sentiers côtiers !

En arrivant sur la plage de Deba, nous retrouvons Ivana & co. Nous nous mettons en chasse de l'Office du tourisme, situé à 500 m à peine de la plage et qui est le passage obligé pour obtenir les clés de l'Albergue. Cette dernière se trouve sur les hauteurs de la ville mais deux ascenseurs nous facilitent la tâche. Après une journée de marche, nous ne nous faisons pas prier pour les emprunter... Mireilla et Christina s'arrêtent déjà ici. Après trois jours seulement, une franche amitié est déjà née entre un petit groupe de pèlerins, comme en  témoigne la grande tablée au restaurant local (menu du pèlerin : 12 €). Ainsi est le Camino !

Bon à savoir :
  • Albergue de los peregrinos. Inscriptions à l'Office du tourisme. Prix : 5€ / nuit. 
  • Téléchargez sur Wikiloc le track GPS de ce tronçon côtier du GR 121, cela peut-être utile vu le mauvais balisage !

31/07/2012

J2 - Ma 31/07 : San Sebastian - Zarautz (23 km)

Le règlement de l'auberge est strict : retour avant 22h, extinction des feux à 22h30. Et c'est tant mieux surtout quand le gîte compte 60 personnes. Surtout aussi que les nuits sont courtes lorsque les premiers réveils-matin se mettent à sonner à 5h00, annonçant les claquement de portes et les mouvements de sacs dans tous les sens... Je ne suis pas pressé de sortir du lit avec l'avant-garde. J'attendrai 7h, l'heure d'ouverture des premières échoppes, pour me prendre un petit-déjeuner dans une panaderia (croissant - café - jus d'orange frais : 3,50 €).

Petite étape de 23 km (6h30) entre San Sebastian et Zarautz. Le ciel est toujours aussi azur et les rayons du soleil aussi traîtres, adoucis par le vent du large... Les 10 premiers km sont tout en grimpée, passant de quasiment 0 à 400 mètres, le long de petites routes de campagne heureusement peu fréquentées et de rares sentiers sablonneux.

Orio au bord du ria du même nom
Orio, au bord du ria du même nom où j'arrive vers 11h30, sera ma première vraie halte, entendez par là où je m'assieds à la terrasse d'un bar pour siroter une cerveza et un pintxo (4,20 €, info donnée ici pour ceux préoccupés par les questions de budget...) ! Deux randonneuses solitaires aussi déshydratées que moi se joignent à ma table. C'est ainsi que je fais la connaissance de Monica et Ivana, deux italiennes, la quarantaine, avec qui j'aurai encore l'occasion de faire un bout de chemin... Il y a aussi Olga, accompagnée de son fils Andoni. Cette espagnole du nord, la soixantaine, râblée, est intarissable quant il s'agit de partager quelques histoires vécues. Sûr qu'en papotant avec elle, mon espagnol serait dopé ! Mais pour l'heure, je préfère la solitude...

Le GR 121 vers Zarautz
Les routes asphaltées commencent à peine et déjà elles m'exaspèrent. Et quand, à hauteur d'un camping, le Camino croise le GR 121 qui descend vers Zarautz, je n'hésite plus entre le Camino "real" et le GR. La plage de Zarautz est noire de monde à peine vêtu d'un maillot alors que nous, nous paraissons un peu anachroniques avec nos bottines et nos sacs gargantuesques lorsque nous nous faufilons entre tous ces jeunes voluptueusement dénudés...

Il est près de 14h, quelques peregrinos attendent déjà à l'entrée de l'auberge dont l'ouverture n'est prévue qu'à 16h00. Petit à petit, les sacs à dos s'accumulent et font la queue devant la porte d'entrée selon le principe du premier arrivé, premier inscrit, premier douché... Et ce "droit de préemption", comme je le constaterai souvent et vous en parlerez plus tard, n'est pas sans causer quelques problèmes...

30/07/2012

J1 - 30/07/12 : Irun - San Sebastian (28 km)

Paris Austerlitz, 29 juillet, 22h00... Les trains de nuit n'ont plus de secrets pour moi depuis le temps que mes chemins me mènent vers le sud; et comme toujours, je savoure ces Lunéa (devenus Intercités) qui bercent mes nuits avant le grand jour...

Irun (et Hendaye en arrière-plan), vu du 'Camino'
Irun, 30 juillet, 9h00... Je suis accueilli par un ciel bleu azur, ensoleillé, sur le quai de la gare mais comme d'autres touristes, cet accueil se double d'un  "PASSPORT PLEASE !"... Je proposerais bien aux gendarmes mon "passeport de pèlerin", alias ma credencial, mais pour l'heure je suis comme un apatride sur le Camino car je dois encore me procurer ce fameux sésame à l'Albergue des peregrinos, à quelques centaines de mètres de là. Passé ce contrôle, je me retrouve donc rapidement devant l'auberge en suivant les flèches jaunes caractéristiques des 'Camino de Santiago' espagnols, doublées ici d'un "A" (signifiant "Albergue"). Je gravis la volée d'escaliers et me retrouve face à une porte incrustée d'un judas, vous savez cet oeilleton particulier qui permet de voir... sans être vu. Mauvais présage ? Je frappe à la porte et apparaît une dame rondouillarde...
  • Moi : "Buenas dias, es posible tener aqui la credencial, por favor... ?"
  • Elle : (après un moment de silence doublé d'un regard hésitant) : "No tiènes ?", me répond-elle, sans un sourire, en insistant bien sur les syllabes...
  • Moi, surpris par cet accueil disons "particulier" et après quelques secondes de réflexion (ben, non, si je la demande, c'est que je ne l'ai pas), je réponds, un brin hésitant : "No..."

Ria de Pasaia
L'hospitalera que je vois à présent face à moi comme une gardienne de prison, me fait finalement rentrer et me demande... mon passeport (cela doit être une tradition à Irun) non sans me tendre, sans un regard et toujours sans un sourire, le formulaire ad hoc à compléter ! J'ose, en passant, lui demander si beaucoup de pèlerins empruntent en ce moment le Camino del Norte. La réponse tombe, sèche : bastante !  Bien, bien...  Vive les Lunea qui m'ont permis de ne pas devoir passer une nuit ici... Quelques minutes plus tard, délesté de 2 € mais avec ma credencial en poche, je ne suis pas mécontent de me mettre en route !
Les craintes inhérentes à chaque départ se dissipent comme neige au soleil lorsque les premiers pas s'impriment sur les sentiers. Yes ! Le "Camino" peut commencer, non sans me prendre au préalable un petit déjeuner éclair dans une panaderia !


Au sortir d'Irun, je suis accueilli en bordure du Parque ecologico de Plaiandi par une cisticole égrainant dans le ciel quelques notes de son chant caractéristique : "tsip...tsip...". Quelques vautours et un percnoptère, superbes rapaces, un peu plus loin...


Passage du Pasai Donibane en bateau
Pour un premier jour, pas d'excès, c'est une petite étape de 28 km qui m'attend avec deux collines à grimper, séparées par le Ria de Pasaia, comme me l'explique mon volumineux topo-guide... Mais avant, direction le Sanctuaire de Guadalupe que j’atteins moins de 2h plus tard. Peu après, deux voies possibles, l'une pour "alpinistas" grimpant vers le sommet de la bute (Monte Jaizkibel) qui doit offrir une vue de toute beauté sur la côte. Mais pour un premier jour, je préfère fouler la voie "classique", à flanc de coteau  afin de préserver mes pieds qui devront engloutir 900 km en trente jours jusqu'à Santiago. L'alpinisme, ce sera pour une autre fois...

C'est la fête au village de Pasai Donibane et les drapeaux nationalistes et indépendantistes sont accrochés sur toutes les façades. Bienvenue au Pays Basque ! Pause, de l'autre côté de la baie, à Pasai San Pedro. Les anchoas d'un bar voisin me font de l'oeil. Après quelques poissons et une 'cerveza', je redémarre une demi-heure plus tard... Reste 10 km et le "Monte Ulia" à gravir.



Peu après le port, le chemin monte sec et se transforme en un superbe sentier de sable bucolique surplombant la côte. Mais bientôt le Camino se sépare du GR 121 qui, lui, semble se poursuivre sur la côte. J'hésite à poursuivre sur le GR... J'opte finalement pour le camino, mal m'en pris, car ce dernier se poursuit, lui, sur le... bitume. Et le bitume, j'aurai de multiples occasions de l'imprimer dans mes semelles comme je le découvrirai plus tard...

Peu avant San Sebastian, le fléchage jaune du Camino de Santiago aboutit au milieu des bois à un bar-restaurant et puis, nada, plus rien ! Le bar est fermé, et personne pour me renseigner... Pilar, une autre pèlerine est dans la même situation. Serait-ce un de ces attrape-pèlerins pour nous amener à consommer ici ? Deux possibilités... Je prends le sentier principal dans l'axe de l'Auberge qui mène, quelques centaines de mètres plus loin, à une route où un joggeur me remet sur le chemin à prendre (NB: à la route, prendre à droite puis, à hauteur de barrières blanches, descendre des escaliers vers la plage). Je croise quelques autres pèlerins, perdus, comme moi...

Les bars de San Sebastian offrent une diversité de pintxos !
Mais San Sebastian se dessine, non loin... Les flèches disparaissent également à l'entrée de la localité mais la carte de mon topo-guide suffit pour me guider jusqu'à l'auberge. De nombreux pèlerins y sont déjà. Je fais la file. Inscription (donativo), douche... Je papote avec un compatriote liégeois, Philippe, qui vient de passer 10 jours  sur la Via de la Plata que je connais pour l'avoir parcouru en 2008, camino qu'il a du abandonner (le faire en été, quelle folie !). Le voici donc coincé ici avec une tendinite qui l'empêchera de poursuivre.

Le pays basque est réputé pour ses pintxos. Et vous pouvez compter sur moi pour faire honneur, ce soir, à la gastronomie régionale en savourant diverses préparations... dans trois bars différents ! Et le chemin ne fait que commencer...